Souffler dans les cartouches : le geste qui ne servait à rien
27 septembre 2026
Toute une génération a soufflé dans ses cartouches NES avant de les enfoncer. Ça semblait marcher. Ça ne marchait pas, ou pas pour la raison qu'on croyait.

Le rituel était le même dans toutes les chambres d'enfants des années 80 et 90 : l'écran clignote, la console refuse le jeu, alors on retire la cartouche, on souffle dedans d'un coup sec, on la remet. Et souvent, ça repart. La conclusion allait de soi : il y avait de la poussière.
Ce qui se passait vraiment
La NES occidentale charge ses cartouches à l'horizontale, comme un magnétoscope : on les enfonce, puis on les abaisse. Ce mécanisme appuie la cartouche contre un connecteur de 72 broches dont les lamelles, à force d'usage, se desserrent et s'oxydent. Le contact devient capricieux.
La console contient en plus une puce de verrouillage, la 10NES, qui vérifie que la cartouche est bien une cartouche officielle. Si le contact est mauvais, la vérification échoue, et la console redémarre en boucle : c'est le célèbre clignotement de l'écran et du voyant rouge.
Le simple fait de retirer puis de remettre la cartouche change la façon dont les broches touchent les lamelles. C'est ce geste, et non le souffle, qui faisait repartir le jeu. Souffler donnait surtout le temps de recommencer.
Pire : ça abîmait les jeux
Un souffle humain contient de l'humidité, et parfois un peu de salive. Sur des contacts métalliques, c'est exactement ce qu'il faut pour accélérer l'oxydation. Nintendo le déconseillait d'ailleurs dans ses consignes d'entretien. Les collectionneurs d'aujourd'hui nettoient leurs cartouches à l'alcool isopropylique, avec un coton-tige, jamais avec leurs poumons.
Pourquoi on y a tous cru
Parce que ça marchait une fois sur deux, et qu'on se souvient des fois où ça marche. Parce que tout le monde le faisait, dans la cour de récré comme dans les magazines. Et parce qu'il y a quelque chose de rassurant à croire qu'un problème technique se règle avec un geste simple, presque magique.
Le souffle dans la cartouche est resté comme un symbole de toute une époque : celle où l'on bricolait avec ses machines sans vraiment savoir ce qu'il y avait dedans. Et il y a de pires souvenirs à garder.
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